Thursday, November 30, 2006

Speechless... (3)

Merci le Nouvel'Obs pour cet article. Ce sera le dernier post sur le sujet.

Tragédie au Parc des Princes
Vie et mort d'un « hooligan » ordinaire

Pourquoi Julien Quemener, dépanneur en électroménager, est-il mort un soir de défaite du PSG ? Contaminé par le virus du hooliganisme, il voulait pourtant se marier et sortir de la spirale de la violence. Ce jeudi soir, Julien Quemener arrive devant le Parc des Princes vers 19 heures. Il vient de garer sa nouvelle Clio dont il est si fier, le long des terrains de tennis, juste derrière le stade. A 25 ans, ce dépanneur en électroménager a rendez-vous avec Alexandre, son ami d'enfance de Savigny-sur-Orge (Essonne). Les deux copains doivent assister au match de coupe d'Europe PSG-Hapoël Tel-Aviv. Julien est un fan du club parisien. Depuis quatre ans, il est membre des Boulogne Boys, une des associations de supporters les plus turbulentes du club. Julien n'est pas un « ultra », ces fanatiques qui ne manquent jamais un match de leur club fétiche, même à l'extérieur. Pas un militant néonazi et violent non plus. «Mon fils ne s'intéressait pas du tout à la politique, insiste aujourd'hui sa mère, le coeur lourd. Il n'avait même pas sa carte d'électeur. On le présente comme un skinhead au crâne rasé. En fait, il était complexé par un début de calvitie et avait préféré se raser entièrement le crâne. C'était la mode.» Fils d'une employée de la fonction publique et d'un menuisier, des origines bretonnes du côté de Dinard, une passion pour la voile transmise par son grand-père, un bac pro, un job et Emilie, sa copine, une métisse japonaise de 19 ans qui veut être styliste et joue au foot féminin dans le club de Breuillet (Essonne). La vie d'un banlieusard bien tranquille.

Côté foot, pourtant, Julien n'est pas un enfant de choeur. Il est fiché aux Renseignements généraux depuis deux ans. Depuis qu'en mai 2004 il avait tenté d'introduire des fumigènes interdits au Stade de France, juste avant la finale de la Coupe de France PSG-Châteauroux. L'incartade n'en fait pas un casseur ultraviolent. «Juste un fauteur de troubles, toujours prêt à faire le coup de poing en bande, comme il y en a pas mal autour du club», estime un policier spécialisé. Ce soir de match au Parc, l'ambiance est électrique. Avec l'accumulation de mauvais résultats ces dernières semaines, les tribunes sont à cran. Et les supporters adverses en rajoutent dans la provoc. Ils sifflent « la Marseillaise », qui monte des tribunes parisiennes, lancent des fumigènes vers les fans du PSG. Les travées s'échauffent dans les deux camps. Drapeaux du Bétar, le mouvement extrémiste de la jeunesse juive, contre drapeaux palestiniens. «Israël vaincra», d'un côté, «Mort aux juifs», de l'autre. Ambiance guerrière... Julien et ses potes ont pris place dans le haut de la tribune réservée aux Boulogne Boys. Mais, rapidement, ils descendent plus bas, en R2, où se réunissent habituellement les agités proches de l'extrême-droite. Les durs des durs. «En fait, on était plus à l'aise pour voir le match à cet endroit. Ce soir-là, cette tribune était à moitié vide, les mecs les plus dangereux n'étant pas venus», assure Alexandre, le meilleur ami de Julien. Un fait confirmé par les RG : «La cinquantaine de hooligans les plus violents avaient fait l'impasse sur ce match sans doute parce qu'ils savaient que nous allions les surveiller de très près.»Sur la pelouse, le club parisien sombre. Le PSG prend une raclée 4-2 contre les modestes Israéliens qui ne s'attendaient pas à pareille fête. Forcément, l'après-match est houleux. Depuis que les stades français sont équipés de caméras vidéo, les hooligans se méfient. Ils préfèrent déchaîner leurs violences incognito dans la rue, à la sortie du match. «Et ils sont où les sales juifs?» hurlent les supporters parisiens les plus excités, prêts à tous les dérapages. Ici et là, les CRS lancent quelques charges. Tout ce qui ne porte pas écharpe et maillot du PSG est apostrophé au hasard. «Sale juif!» Yanniv Hazout, un étudiant de Sarcelles de 21 ans venu assister au match, se retourne. Il n'en faut pas plus pour qu'il se fasse prendre en chasse par une dizaine de jeunes parisiens. «Il n'a pas été agressé parce qu'il était juif, crâne Vincent, commercial à Paris et membre des «indépendants», les supporters les plus incontrôlables. On fait la même chose avec les Lensois ou les Marseillais. En même temps, poursuit ce témoin des faits, c'est vrai que quand vous voyez de grands drapeaux israéliens sous votre nez, c'est peut-être plus énervant que de voir des drapeaux irlandais...»Comment Julien se retrouve-t-il alors dans le groupe d'assaillants ? Sa mère ne comprend toujours pas. «C'était un garçon sérieux quiparlait de se mettre en ménage avec sacopine Emilierencontrée sur internet, il y a quatre ans. Son père retapait pour le couple un petit appartement près de la gare de Savigny. Julien voulait même se faire baptiser pour se marier à l'église.» Ce soir, le fiancé modèle a des allures de lyncheur.Yanniv, le supporter juif pourchassé par la horde, est sous la protection d'un policier en civil. Un gardien de la paix antillais. Affecté au Service régional des Transports parisiens (SRTP), Antoine Granomort travaille ce soir-là comme « garde routier ». Son job ? Véhiculer ses collègues chargés des contrôles d'identité dans le métro, aux abords du stade et les raccompagner à la fin de leur service. Selon les premières déclarations du gardien de la paix à la justice, ses supérieurs n'avaient même pas jugé bon de le munir d'un brassard « police ». Granomort attendait à côté de sa Jumpy Citroën, quand il aperçoit le jeune Yanniv poursuivi par des hooligans, ceinturons à la main. Athlète de 32 ans, en parfaite forme physique, il rattrape Yanniv en quelques foulées et s'interpose. Les deux hommes reculent face au groupe d'agresseurs. D'après plusieurs témoins, le policier décline par deux fois sa qualité de policier. En vain. «J'ai vu le supporter de Tel-Aviv et un grand métis qui le protégeait en lui demandant de rester derrière lui. Je l'ai pris pour un déséquilibré. Je n'ai pas compris qu'il était policier, affirme Fabrice, professeur d'économie, supporter du PSG non-affilié et témoin du drame. Autour, il y avait une poignée d'agresseurs d'une vingtaine d'années, et surtout beaucoup de badauds, comme moi.» La confusion règne. La bombe lacrymogène que le policier a réussi à attraper avec son seul bras libre n'impressionne guère les assaillants. Il la vide en deux jets, sans parvenir à ralentir la foule menaçante. Dans la course-poursuite, le flic trébuche une première fois. Puis tombe à nouveau à l'entrée du dépôt de bus de la porte de Saint-Cloud. Dans sa chute, le policier perd ses lunettes. A cet instant, pour le fonctionnaire myope et astigmate, les hooligans ne sont plus des supporters en furie. Juste une inquiétante masse sombre qui fonce droit sur lui. Un coup de feu claque.

Quand et comment le gardien Granomort a-t-il tiré ? L'analyse balistique est en cours. Selon ses premières déclarations à l'IGS, la police des polices, il a dégainé son Sig Sauer 20-22, l'arme de poing de la police, en se relevant. «Il voulait tirer en l'air pour se dégager», maintient son avocat, Me Bertrand Burman. Plusieurs témoins corroborent la thèse du policier. D'autres apportent des variantes. Fabrice, le badaud présent à quinze mètres du drame, n'a pas vu la même chose. «Le policier braquait la foule en déplaçant son pistolet de gauche à droite quand il est tombé. La foule a accéléré le pas et s'est retrouvée à deux ou trois mètres de lui. Il s'est relevé et a tiré très calmement devant lui», explique-t-il. Ce témoignage ne figure toutefois pas au dossier. «Quand j'ai appris qu'il y avait eu un mort, j'ai été tenté d'aller voir la police. Mais je suis fonctionnaire et je n'ai pas envie de contredire les autorités qui ont tout de suite validé la thèse de la légitime défense du policier», se justifie-t-il.Seule certitude, le coup de feu permet au gardien de la paix et à son protégé de trouver refuge dans le McDonald's voisin, en attendant les renforts. Mais la horde de hooligans, tenus en respect par l'arme du policier, se déchaîne sur les vitres du McDo. D'après plusieurs témoins, certains font le salut nazi. D'autres vocifèrent «On va te niquer sale négro!» et «Le Pen président!». Le gardien Granomort attend de longues minutes avant que ses collègues, joints par radio, alertent les CRS et dispersent la troupe des assaillants. Antoine Granomort sait-il déjà qu'il a mortellement touché Julien ? Ce dernier gît à terre. Il a été touché par une balle qui ne lui était pas destinée. Une seule et unique balle de 9 mm à la trajectoire folle. Elle a d'abord touché le hooligan qui était juste devant lui. Un type qu'il ne connaissait même pas. Un certain Mounir Bouchaer. Elle a transpercé son poumon droit puis a fini sa course dans le coeur de Julien. Un seul tir, deux victimes. Mounir, 26 ans, chauffeur-livreur du côté d'Evreux, est un miraculé. Blessé légèrement, Mounir rejoint le pub des Trois Obus, avant d'être transporté à l'hôpital. Fiché comme hooligan, père de famille d'origine marocaine (sa femme attend actuellement un deuxième enfant), il est plus connu au Parc sous le sobriquet de « Francis » pour son admiration pour Francis Llacer, un ancien joueur du club connu pour sa rudesse. « Il a été interdit de stade il y a sept ans pour jets de fumigènes,révèle un enquêteur. Il est répertorié comme violent. Il a été impliqué dans une autre bagarre, il y a deux ans à Versailles. Avec six de ses acolytes, il avait agressé des supporters de rugby à la sortie d'un pub.»Julien Quemener, lui, n'ira plus aux matchs, ni avec ses potes, ni avec sa copine Emilie. «Il aimait surtout le stade pour l'ambiance, se souvient la jeune fille, au bord des larmes. Il chantait du début à la fin. Ce n'était pas un costaud, il n'était pas du genre à chercher la bagarre.» Tragique destin : huit jours plus tôt, écoeuré par les bagarres survenues à la suite d'une défaite du PSG contre Bordeaux, Julien avait hésité à reprendre sa carte de supporter...

Olivier Toscer, Sophie des Deserts
Le Nouvel Observateur

1 comment:

Anonymous said...

Effectivement arrêtons...

Je viens de rentrer de Bristol et tombe par hasard sur le match du PSG sur Paris Première !!!

Pas brillant comparé au Bolton Chelsea d'hier soir